Ce que j'aurais aimé savoir avant de commencer la maîtrise

Mis à jour : 9 avril 2019

En 2013, j'ai débuté une maîtrise en histoire à l'Université du Québec à Montréal. Bien que j'aie généralement apprécié mon expérience, je crois que je n'y étais pas bien préparée comme beaucoup d'étudiantes et d'étudiants.



Lorsque j'ai été invitée à partager quelques conseils dans le cadre d'un cours de méthodologie destiné à un groupe de deuxième cycle, j'ai donc accepté avec enthousiasme. En voici quelques-uns.

1. Bien choisir la direction de recherche

On suggère souvent aux étudiant·es de choisir un directeur ou une directrice en fonction du thème de leur mémoire. Il faut toutefois garder en tête que vous travaillerez avec cette personne durant deux ans (ou même plus), donc quelques autres éléments doivent être considérés et abordés avant de prendre votre décision.

  • Quelles sont les disponibilités du directeur ou de la directrice? Supervise-t-il beaucoup d'étudiant·es ou a-t-elle déjà beaucoup d'engagements? Certain·es étudiant·es préfèrent choisir une direction plus disponible afin de bénéficier d'un encadrement plus « serré ».

  • De quel type de rétroaction avez-vous besoin? Il est possible que vous souhaitiez avoir des commentaires positifs sur vos travaux, en plus des points à améliorer.

  • Quel échéancier devrez-vous respecter? C'est une bonne idée de déterminer un calendrier dès le début de vos travaux afin de fixer les dates de remise du projet de mémoire et des différents chapitres.

  • Aurez-vous besoin de financement? On entreprend parfois une maîtrise sans réfléchir à cette question, mais elle me semble incontournable pour limiter le niveau d'endettement et améliorer la conciliation travail-études. Aux cycles supérieurs, il est possible d'obtenir des contrats d'assistanat de recherche ou d'enseignement, ainsi que certaines bourses d'excellence ou de soutien financier.

  • Souhaitez-vous avoir une codirection? Il est possible que deux personnes dirigent vos travaux. Il faut bien sûr s'assurer de la pertinence et de l'efficacité de cette collaboration, mais elle peut apporter des perspectives et ressources complémentaires.

  • Est-ce la bonne université et le bon département? Au-delà du choix de la direction, est-ce que le département et l'université vers lesquels vous vous dirigez vous conviennent? Il vaut parfois mieux visiter et se renseigner auprès d'autres étudiant·es pour s'en assurer. Par exemple, en tant qu'historienne du Québec contemporain, je ne me dirigerai pas vers un département spécialisé en histoire médiévale. De plus, quels avantages le département et l'université offrent-ils (vie étudiante, activités, ressources, bourses, contrats, réseaux)?


2. Choisir (lire ici : s'imposer) un rythme de travail

On ne le répète jamais assez : la maîtrise c'est un marathon, et non un sprint. Il faut donc se préparer à un travail de longue haleine qui diffère de l'échéancier par session du premier cycle. Il est donc important de choisir (ou plutôt de s'imposer!) un rythme de travail qui nous convient. Ça implique quelques étapes :

  • Trouver votre rythme. Tentez de comprendre à quel moment de la journée et quels jours de la semaine vous êtes plus efficace. Certaines personnes se concentrent mieux le matin, d'autres le soir. Votre rythme ne ressemblera peut-être pas au 9 à 5 du lundi au vendredi, mais s'il vous convient, c'est l'important!

  • Privilégier certains lieux de travail. Travaillez-vous mieux à la maison, à la bibliothèque, dans un café, dans un espace de coworking? Identifiez dans quels lieux vous semblez plus productif·ve et plus à l'aise. C'est toujours préférable de ne pas travailler exclusivement de la maison et de changer de lieu lorsqu'on en a besoin ou qu'on « plafonne ». Même si elles sont un peu coûteuses, les retraites d'écriture organisées par Thèsez-vous? peuvent permettre de réaliser des objectifs précis en une courte période. Vous pouvez également organiser votre propre retraite avec des ami·es ou collègues.

  • Séparer les étapes. Un travail de cette ampleur doit être découpé en de plus petits morceaux. Il faut donc séparer les étapes et se donner un échéancier réaliste pour chacun d'elles. Par exemple, prévoir un mois ou deux pour l'écriture d'un chapitre.


3. Organiser la rédaction

  • Écrire souvent, voire à tous les jours. Avez-vous déjà expérimenté le syndrome de la page blanche? On limite souvent notre écriture tant que l'idée ne semble pas parfaitement formulée dans notre tête... Or, la partie la plus importante de l'écriture, c'est la réécriture! C'est donc normal de ne pas arriver à un résultat parfait dès le premier jet. Dans mon cas, le fait de me fixer un objectif d'une page par jour, peu importe sa « qualité », m'a beaucoup aidée à débloquer. Certains jours, ça me prenait une heure ou deux pour y arriver, d'autres fois, toute la journée. L'important, c'était d'avoir atteint cet objectif et de sentir que je progressais, lentement mais sûrement.

  • Faire des choix déchirants. En rédigeant le mémoire, on est face à plusieurs dilemmes puisqu'on ne peut pas tout couvrir et tout mentionner, ni tout lire. Un bon mémoire, c'est un mémoire terminé! Il faut donc aiguiser notre esprit de synthèse et laisser tomber certains aspects pour éviter de dépasser les 200 pages...

  • Planifier des pauses. Bien organiser la rédaction veut aussi dire bien organiser la non-rédaction. Il faut donc également planifier des pauses et des moments de non-travail : du temps pour voir sa famille et ses ami·es, faire du sport, prendre des vacances, ou même écouter un film. Très rapidement, la rédaction peut devenir envahissante et nous faire ressentir de la culpabilité dès qu'on cesse de s'y consacrer. Il faut alors inscrire à son horaire des moments pour décrocher et, si nécessaire, se forcer à les prendre sans se sentir coupable.


4. Se mettre des limites et prioriser la santé mentale

Connaissez-vous le blob? C'est un organisme unicellulaire qui ne craint ni le feu, ni l'eau, et qui prend de l'expansion pour se nourrir. La maîtrise, c'est un peu la même chose. Si vous ne l'en empêchez pas, elle débordera partout pour engloutir l'ensemble des autres sphères de votre vie. Il faut donc se mettre des limites et les respecter.

  • Quand arrêter? Il peut être utile d'y réfléchir avant de commencer la rédaction. Si l'endettement devient trop important, que l'anxiété ou la dépression prennent le dessus, c'est légitime d'interrompre de manière temporaire ou permanente les études. Parfois, juste de garder en tête cette possibilité peut permettre de se sentir moins pris au piège.

  • On ne peut pas tout faire. Aux cycles supérieurs, les opportunités se multiplient : colloques, publications, comités étudiants, contrats... Il y a aussi une pression à la performance qui encourage le cumul de ces expériences – souvent réalisées bénévolement ou à nos frais. Mais on ne peut pas être partout en même temps et il y a seulement 24 heures dans une journée. Il faut alors faire des choix, apprendre à dire non, distinguer les défis réalistes de la surcharge de travail et, en cas de doute, prioriser notre bien-être. Votre productivité ne détermine pas votre valeur comme personne.

  • Il n'y a pas de parcours parfait. Chaque personne réussit à son rythme et à sa manière. Plusieurs éléments peuvent allonger ou compliquer le cheminement aux cycles supérieurs : endettement ou manque de financement, responsabilités familiales, santé physique ou mentale, expériences de violences (harcèlement, agressions, racisme), difficultés d'apprentissage, travail, etc. C'est donc légitime de prendre plus de temps pour compléter son parcours, de ne pas avoir publié d'article ou présenté de communication rapidement. L'important, c'est que ce projet fasse du sens (excusez l'anglicisme) pour vous et de toujours arriver à y trouver du plaisir, malgré les difficultés ponctuelles.

  • Cultiver des projets parallèles. Tout en arrivant à ne pas trop s'en mettre sur les épaules, le fait d'avoir des implications autres que la maîtrise peut contribuer au bien-être, en plus d'être utile. Par exemple, un projet de radio, un club de sport, un engagement politique ou militant, etc.

  • Ne pas oublier nos besoins de base. Ça semble évident, mais il faut parfois le rappeler. Dormir huit heures, manger trois repas par jour, habiter dans un environnement ordonné et confortable, parler à d'autres êtres humains, voir la lumière du jour, bouger.

  • Aller chercher de l'aide. Selon une étude récente, 22% des universitaires montrent des signes de dépression nécessitant une consultation et ils expérimentent trois fois plus de pensées suicidaires que dans l’ensemble de leur groupe d’âge. Durant votre rédaction, vous vivrez peut-être du stress, de l'anxiété, une dépression, de l'anxiété de performance ou le syndrome de l’imposteur. Certains groupes, dont les femmes, les personnes de classes moins aisées et les personnes racisées, y sont encore plus vulnérables. Si certains discours tendent à normaliser la souffrance dans les milieux universitaires, je crois au contraire qu'il ne faut pas hésiter à utiliser les ressources nécessaires dès qu'on a un doute. Plusieurs universités offrent des ateliers, des ressources et des consultations gratuites en lien avec la santé mentale. La plupart des programmes d'assurance étudiante couvrent également les rendez-vous avec un·e psychologue. N'hésitez pas non plus à en parler avec des personnes de confiance : la plupart d'entre nous avons fait face à ces problèmes à un moment ou à un autre de notre parcours.


5. Se bâtir une communauté L'université peut être un environnement anxiogène. Il y règne parfois un certain élitisme, une mise en compétition des étudiant·es et une pression à la performance. Ceux et celles qui sont jugé·es les plus « méritant·es » sont choisi·es pour obtenir des contrats, des bourses ou différentes opportunités de publication et de recherche. Il est primordial de poser des gestes et de prendre des initiatives pour aller à contre-courant en se bâtissant une communauté dans et à l'extérieur de l'université.

  • Valoriser l'entraide. Les étudiant·es autour de vous ne sont pas vos compétiteurs et compétitrices, mais vos collègues. Vaut mieux s'entraider dans la relecture d'articles, de propositions de communications ou de demandes de bourses.

  • Partager nos travaux. La rédaction est une épreuve solitaire et on passe souvent plusieurs mois sans obtenir de rétroaction. Même si nos travaux ne sont pas parfaits, c'est toujours utile de les partager avec nos collègues lors de cercles de lecture, de séances de travail collectif, de séminaires ou de colloques. En plus d'aider à la motivation, ces échanges permettent d'améliorer notre démarche, notre écriture et notre analyse.

  • Organiser des séances de travail collectif. Pendant ma rédaction, je travaillais souvent dans des cafés avec des ami·es. Cette pratique m'a beaucoup motivée à progresser et m'a permis d'échanger sur l'avancement de mes travaux et de mieux connaître, aussi, ce sur quoi mes ami·es travaillaient.

  • Pratiquer l'empowerment ou le disempowerment selon les situations. Faire partie d'une communauté, c'est aussi réfléchir à la position que nous occupons dans celle-ci – ici l'université. En tant que femme, le fait d'échanger avec d'autres étudiantes aux cycles supérieurs m'aide à poser des mots sur certaines expériences, à mettre en place des initiatives et à aller chercher des ressources lorsque nécessaire. Je bénéficie aussi de privilèges du fait que je sois blanche, née au Québec, francophone et que je n'aie ni handicap, ni difficulté d'apprentissage. J'essaie donc d'en être consciente, tant dans mes biais de recherche que dans ma pratique quotidienne, et de mener des actions concrètes pour réduire ces rapports de pouvoir.

  • Continuer à voir des gens à l'extérieur de l'université. Ça semble évident aussi, mais dans le beat de la rédaction, on en vient parfois à négliger nos relations familiales et amicales pour seulement côtoyer nos collègues de recherche... Il est donc important de se réserver du temps pour continuer à nourrir ces relations.


L'essentiel, c'est de retenir qu'il n'y a pas une seule « bonne » manière de traverser la maîtrise : il faut trouver son propre équilibre, même si plusieurs ajustements sont nécessaires. Et surtout, toujours garder en tête qu'il faut le faire pour soi avant tout, sans compromettre notre bien-être.


© 2020 Camille Robert

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